Depuis la mort de sa femme il y a deux ans, George n’avait pas été le même. Il s’était endormi la plupart de la journée, il s’était retiré de son club de cribbage, et son appétit avait presque disparu.
Pour ses enfants, il semblait évident que George portait encore le poids du deuil. Après 65 ans de mariage avec Maggie, comment traverser un tel bouleversement sans chanceler ? Pourtant, la réalité était plus complexe : George traversait une dépression, et la disparition de sa compagne n’était qu’une pièce du puzzle.
Vieillir, c’est aussi affronter des obstacles qui secouent l’équilibre émotionnel. La perte d’un conjoint n’est qu’un exemple parmi d’autres. Le corps change, la masse musculaire s’amenuise, le souffle se fait plus court, et le cerveau subit ses propres variations. Les neurotransmetteurs, ces messagers chimiques, n’échappent pas à la règle.
Face à ce mélange de bouleversements émotionnels et physiques, il devient difficile de cerner les causes de la dépression chez les personnes âgées. Mais en comprenant mieux les risques, il est possible de repérer ce qui pourrait déclencher ou aggraver cette maladie. Mieux repérer, c’est aussi mieux soutenir.
Causes de la dépression chez les personnes âgées : les nombreux défis du vieillissement
Les proches de George n’avaient pas tort d’associer ses changements d’attitude au décès de sa femme. Mais ils n’avaient pas mesuré que d’autres facteurs pouvaient s’ajouter à ce chagrin. Si la majorité des personnes âgées vivent des événements douloureux ou des bouleversements physiques, seule une minorité, entre 1 et 15 %, développe une dépression. Les chercheurs en tirent une leçon : certains seniors sont plus sensibles à la dépression du fait de leur héritage familial ou de leur vulnérabilité cognitive.
Pour mieux accompagner un proche vieillissant, il est utile de repérer les facteurs qui pourraient nourrir une dépression. Prendre soin de leur entourage et anticiper les difficultés peut réellement changer la donne pour leur équilibre psychologique.
Voici quelques-uns des éléments qui peuvent favoriser l’apparition ou l’aggravation de la dépression chez les seniors :
- Retraite : Pour beaucoup, le travail structure l’existence et nourrit la vie sociale. Une fois la retraite venue, certains peinent à retrouver la stimulation intellectuelle et les échanges quotidiens. L’isolement peut alors s’installer, annonçant parfois la dépression.
- Perte d’amis ou de proches : Avec l’âge, la disparition de personnes chères devient plus fréquente. Le deuil fait partie du parcours, mais il peut parfois s’éterniser, comme pour George, jusqu’à faire basculer vers la dépression.
- Problèmes de santé : La santé décline souvent avec l’âge, et l’apparition de maladies chroniques ou graves, diabète, démence, AVC, maladie de Parkinson, infections, troubles thyroïdiens, a été associée à un risque accru de dépression chez les seniors. Le lien entre cancer et dépression retient aussi de plus en plus l’attention des chercheurs.
Éprouver de la tristesse ou de l’anxiété face à ces bouleversements, c’est humain. La plupart du temps, ces émotions s’atténuent avec le temps. Mais si elles persistent, si elles s’amplifient jusqu’à entraver la vie quotidienne, il y a lieu de penser à une dépression. Dans ce cas, les symptômes ne disparaissent pas d’eux-mêmes : un accompagnement adapté devient nécessaire.
Les médicaments : un facteur parfois insoupçonné
Certains traitements médicamenteux peuvent aussi favoriser la dépression chez les personnes âgées. L’organisme change avec l’âge, et il assimile les médicaments différemment. Résultat : les effets secondaires, dont la dépression, deviennent plus fréquents.
Si des signes de dépression apparaissent chez un proche qui prend plusieurs médicaments, il pourrait s’agir d’un effet secondaire lié à un traitement. Ce phénomène mérite d’être surveillé.
On recense plusieurs catégories de médicaments souvent utilisés par les seniors et qui peuvent avoir un impact sur l’humeur :
- Médicaments prescrits contre la maladie de Parkinson
- Traitements pour la pression artérielle
- Bêta-bloquants (comme le Lopressor)
- Bloqueurs des canaux calciques
- Inhibiteurs de l’enzyme de conversion (ECA)
- Somnifères
- Stéroïdes (par exemple, la prednisone)
- Médicaments pour faire baisser le cholestérol (comme le Lipitor)
Les personnes qui suivent plusieurs traitements simultanément, situation fréquente chez les aînés, se retrouvent encore plus exposées à ce type d’effet secondaire. Dans ce cas, l’avis du médecin s’impose : il pourra envisager des alternatives ou ajuster la prescription.
Il arrive que l’origine précise d’une dépression ne soit jamais clairement identifiée. Mais repérer les éléments qui peuvent y contribuer permet d’agir, et surtout d’orienter vers le bon type d’aide. Un soutien psychologique peut se révéler précieux après un deuil, tandis qu’un suivi médical sera nécessaire si la cause est médicamenteuse. Dans tous les cas, la présence, l’attention et la bienveillance sont des alliées de taille pour traverser cette période difficile et retrouver, peu à peu, un horizon apaisé.
L’Institut sur le vieillissement met à disposition des ressources variées et humaines pour les aidants et les personnes âgées. Contactez-nous au 415-750-4111 pour découvrir notre programme de psychothérapie, le Centre pour la prévention du suicide des personnes âgées ainsi que nos services liés au deuil.

